En Colombie, une vie de femme dans la guérilla

En Colombie, une vie de femme dans la guérilla

Les guérilleros des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) rendent aujourd’hui leurs dernières armes, enterrant 53 ans de guerre. Olga Marín, commandante des Farc et membre de la Mission de vérification du cessez-le-feu, raconte ses 35 ans de vie de guérillera… très féministe.

Bogota. De notre correspondante

Olga Marín – son nom de guerre -, 55 ans, nous reçoit dans son petit bureau spartiate, au troisième étage de l’immeuble qui abrite, à Bogota, la Mission tripartite de vérification du cessez-le-feu (MMV). Depuis plus de six mois, s’y côtoient des observateurs des Nations Unies, des militaires colombiens et des membres des Farc.

L’accord de paix entre le gouvernement colombien et la plus ancienne guérilla de la région a été signé le 24 novembre dernier. Dans quelques jours, les 7 000 combattants auront remis leurs dernières armes au Nations Unies. Ils resteront encore, jusqu’au 1er août, dans les vingt-six zones dites de transition où ils sont regroupés depuis fin janvier. À cette date, l’organisation commencera sa nouvelle vie en politique, tournant la page d’un conflit qui a fait en cinquante-trois ans près de huit millions de victimes et au moins 260 000 morts.

À Bogota, Olga est en chemisette, car il fait bien plus chaud, souligne-t-elle en riant, que quand elle a quitté presque définitivement la capitale colombienne pour entrer dans la clandestinité. C’était il y a trente-cinq ans et cela s’est fait presque « par hasard».

Elle est née à Armenia, à 300 km à l’ouest de Bogota, dans une famille de la classe moyenne. La plus jeune d’une fratrie de neuf enfants. En 1981, étudiante à Bogota, elle milite à la Jeunesse communiste colombienne (JUCO) lorsqu’elle est envoyée en mission d’alphabétisation dans le Meta, l’une des régions historiques d’implantation des Farc, auprès du Front 16 de l’organisation clandestine proche du Parti communiste.

Et voilà cette jeune femme idéaliste qui tombe «amoureuse de la guerillada», un groupe de 80 personnes dont elle apprécie « le désir d’apprendre »,mais aussi la liberté dont semblent jouir les quelques femmes qui sont là.

Elle a 20 ans et décide de rester. En s’engageant, elle a l’impression de « donner un sens et un objectif clair à sa vie »,même si ce n’est pas facile pour une jeune urbaine de plonger dans la clandestinité et le maquis… Elle doit apprendre à marcher, à porter son barda. « On a toute sa vie dans un sac : trois vêtements, un hamac, une couverture, un savon, du shampoing, des serviettes hygiéniques et… une arme, même si dans les débuts de l’organisation, il n’y avait pas forcément d’armes pour tout le monde », se souvient-elle.

Il faut se familiariser avec la nature, ne pas avoir peur des serpents, savoir utiliser une boussole, mais aussi apprendre à faire la cuisine pour une collectivité… Et enfin, le plus difficile : « Accepter les morts, si nombreux », dit-elle d’une voix grave. Il y a aussi les chagrins d’amour : « Quand tu as rencontré quelqu’un avec qui tu t’entends, il faut se séparer, pour une opération, un ordre militaire, et tu ne sais pas si tu vas le revoir. Ces expériences nous ont toutes marquées », confesse celle qui vient de rendre, par correspondance, à l’université de Barcelone, un mémoire de master consacré à la place des femmes dans la guérilla.

« Femme au foyer ? Pas question ! »

Jusqu’à la fin des années 1970, les femmes y étaient très peu nombreuses et n’étaient d’ailleurs considérées que comme des « accompagnantes ». Ce n’est que peu à peu – comme dans la société civile – qu’elles ont acquis leurs droits, ici, de combattantes. Olga Marín prend un stylo, dessine un camp sur une feuille et explique : « Nous étions cinq femmes pour quatre-vingts hommes et commencions à peine à avoir le droit de faire des gardes, mais pas les « gardes avancées », à l’extérieur du camp. Nous avons donc provoqué un débat pour exiger qu’on nous apprenne à nous servir d’une arme et les techniques militaires… »

Il faudra encore attendre les années 1990, pour qu’elles puissent prendre part aux combats, la seule chose qui donne du prestige dans une organisation militaire : « Nous avons dû démontrer que nous étions capables, que nous étions égales. »

La question de la maternité reste l’autre grande question. Dès les années 1980, la contraception devint obligatoire. « Quand tu entrais dans la guérilla, il était clair que tu ne pouvais pas devenir mère. » Certaines avortaient, d’autres ont eu des enfants, mais ont dû les confier. Elle-même, un temps compagne de Raúl Reyes, numéro deux des Farc, tué dans un bombardement en 2008, a une fille âgée d’une vingtaine d’années.

Aujourd’hui, au moment de rendre les armes, 40 % des effectifs des Farc sont des femmes. Les plus nombreuses se sont engagées dans les années 2000 au plus fort du conflit colombien. Lors de la dixième et dernière conférence de l’organisation en septembre dernier, une journée de discussions a été consacrée aux questions de genre. Olga Marín a lancé haut et fort : « Ce n’est pas parce que nous allons rendre les armes que nous nous retrouverons femmes au foyer ! »

Une fois terminée la mission de vérification de cessez-le-feu, la commandante espère quitter Bogota et retourner dans la région travailler avec la population dans un projet communautaire. Mais cette fois-ci, en toute légalité.

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