CETA. Des importations bovines « pas acceptables » pour la FNSEA

CETA. Des importations bovines « pas acceptables » pour la FNSEA

Le traité avec le Canada (Ceta), adopté mercredi par le Parlement européen, n’est pas acceptable selon le président de la FNSEA, principal syndicat agricole français. En cause, les importations de bovins, sur un marché en crise.

Le Ceta concerne plusieurs filières agricoles distinctes. Quelle est votre appréciation d’ensemble ?

l comporte des aspects positifs. Par exemple la reconnaissance, pour la première fois dans un accord de ce type, des indications géographiques protégées et appellations d’origine contrôlées, des signes de qualité qui font aussi la force de nos filières par rapport au « tout-venant ».

Mais il y a deux volets qui nous posent un gros problème. Le premier, c’est le contingent d’importation de bœuf canadien, qui passerait de 7 600 à 50 000 tonnes. Je dis bien 50 000 tonnes, un chiffre qui avait tout d’abord été minoré et que certains parlementaires n’ont découvert que quelques jours avant le passage au vote au Parlement. Un tel contingent n’est pas supportable sur un marché déjà fragile, qui est en régression en Europe. Et on discute avec le Mercosur, avec la Nouvelle-Zélande, avec l’Australie, avec les États-Unis… On ne peut pas ouvrir indéfiniment le marché européen ! La France est on ne peut plus concernée, étant le premier producteur de viande bovine d’Europe, avec la spécificité de notre filière de vaches allaitantes.

Avez-vous confiance dans les garanties apportées sur le fait que la viande hormonée, autorisée au Canada, n’arrivera pas sur le marché européen, où elle est interdite ?

Non. Car on voit que les États-Unis remettent en cause ce type d’accord. Et en représailles, n’hésitent pas à faire passer des produits européens à leur « roue de l’infortune », en faisant peser des droits de douane prohibitifs sur certains de nos produits agricoles. C’est ce qui nous pend au nez. Quant aux garanties que vous évoquez, elles ne sont pas d’une totale transparence, car on ne connaît pas exactement le mandat de négociation de la Commission, ce qui est un autre problème.

Tôt ou tard, cet accord entrera en vigueur. Quelle réponse pour les éleveurs bovins français ?

Il faudra bien entendu des compensations. Les producteurs laitiers canadiens viennent eux-mêmes d’obtenir un plan de soutien de 350 millions de dollars. En Europe, il faut des compensations financières. Mais aussi, sous une autre forme, que des accords d’exportation beaucoup plus offensifs soient négociés pour offrir de nouveaux débouchés à la production française. Par exemple au Maghreb et au Moyen-Orient.

Vous faites le lien entre cet accord et les conséquences du Brexit, pourquoi ?

C’est le deuxième gros problème dont je parlais. Lorsque le Royaume-Uni est entré dans l’Union européenne, nous avons accepté sur le marché communautaire les productions dont l’importation avait été négociée par lui antérieurement avec les États du Commonwealth. On parle de gros producteurs, comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada. C’est notamment de ce fait que la production française d’ovins, qui assurait à la France son autosuffisance sur ces produits, est tombée à 45 % seulement aujourd’hui. Demain, lorsque le Royaume-Uni aura quitté l’Union et renégociera avec elle de nouveaux traités commerciaux après en avoir renégocié d’autres avec les mêmes pays producteurs, il est hors de question qu’on lui permette de réexporter de nouveaux flux de mouton de Nouvelle-Zélande ou de bœuf Canadien, vers le marché européen. Ce serait la double peine !

Le contingent de 75 000 tonnes de porc canadien, cela vous inquiète ?

Ce sera sans doute moins impactant que le bœuf du fait des quantités en cause et de la diversité des pays producteurs en Europe.

Et du côté des céréales ?

L’Europe et notamment la France, sont des puissances céréalières. Il y a déjà des importations de céréales canadiennes, notamment dans des produits comme l’orge de brasserie, le colza ou les blés améliorants, dont nous avons besoin compte tenu des limites environnementales fixées en France dans certaines zones, qui limitent le taux de protéine des blés panifiables, par exemple.

Vous avez déclaré que le Ceta ne devait pas être signé. Cependant, certaines filières, comme les produits laitiers ou les vins, sont susceptibles d’en bénéficier fortement.

C’est exact, mais en ce qui concerne les produits laitiers, il ne faut pas être naïf. Avec la fin des quotas, certains pays d’Europe comme l’Allemagne, l’Irlande, les Pays-Bas ou le Danemark ont adopté une ligne très productiviste. Ce sont ceux-là qui ont le plus milité pour le Ceta…

La France a de grands atouts de par son savoir-faire dans les produits laitiers, fromages notamment. Il faut jouer là-dessus, avec des objectifs bien ciblés.

Il en va de même pour les vins. Avec la nécessité, selon moi, pour les acteurs français, d’éviter de proposer une offre atomisée et de « chasser en meute ».

Attention toutefois aux fausses illusions, le marché européen de 450 millions de consommateurs est très convoité par le Canada, qui lui ne compte que 36 millions d’habitants.

Les politiques français vous semblent-ils avoir bien pris la mesure de l’importance d’un tel accord ?

Les candidats ont tous adopté une position. Mais j’ai été surpris et choqué du manque de place que ce traité a eu dans la sphère politique. On a un peu l’impression que ce sont surtout les « experts » au sein des équipes, qui ont planché. Cela ne suffit pas. Si l’on veut reconsolider l’Union européenne, d’autant plus face aux inconnues créées par le Brexit, la Russie, Trump, il faut une Europe qui réaffirme clairement ses grandes politiques, et protège mieux à la fois ses producteurs et ses consommateurs.

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