A Maidstone, terre pro-Brexit, l'agriculture a besoin de bras européens

A Maidstone, terre pro-Brexit, l'agriculture a besoin de bras européens

A Maidstone, terre pro-Brexit, l'agriculture a besoin de bras européensA Maidstone, terre pro-Brexit, l’agriculture a besoin de bras européens© AFP / Gillian HANDYSIDE, Laurence SAUBADU AFP

A Maidstone, terre agricole du sud-est de l’Angleterre, l’immigration a été l’un des moteurs du vote pour le Brexit. Les fermiers locaux disent pourtant qu’ils ne pourraient “pas fonctionner” sans l’aide des saisonniers européens.

Avec ses champs et ses vergers à perte de vue, le Kent, surnommée le jardin du Royaume-Uni, ressemble à un paradis vert. Mais à Maidstone, chef lieu du comté, on broie encore du noir, neuf mois après le référendum sur l’Union européenne.

Ici on a voté à près de 60 % pour le Brexit et la colère est toujours palpable. “Les Britanniques en ont marre qu’on dise qu’ils sont trop fainéants pour bosser. J’en ai rencontré plein qui ont envoyé 60 ou 70 CV sans même obtenir une seule réponse. En même temps on publie des offres d’emploi directement dans des pays d’Europe de l’est”, peste Eddie Powell, chef d’entreprise et élu local du parti europhobe Ukip.

Nico, un travailleur saisonnier roumain, dans un champ à Wrotham, au sud-est de l'Angleterre, le 13 mars 2017 © BEN STANSALL AFP

Nico, un travailleur saisonnier roumain, dans un champ à Wrotham, au sud-est de l'Angleterre, le 13 mars 2017 © BEN STANSALL AFP

Nico, un travailleur saisonnier roumain, dans un champ à Wrotham, au sud-est de l’Angleterre, le 13 mars 2017 © BEN STANSALL AFP

Selon lui, pas de doute: l’immigration et les images de clandestins prêts à risquer leur vie pour entrer au Royaume-Uni sont la principale raison pour laquelle le Brexit a autant cartonné dans cette région proche du continent.

“Les gens qui sautent des camions, je n’aime pas ça. Je n’ai rien contre les immigrés mais ils font baisser les salaires”, déclare Valerie Fuller, une enseignante à la retraite de 80 ans.

Dans un pays, dont le taux de chômage (4,7 %) fait pâlir d’envie ses voisins, l’argument des salaires tirés vers le bas par l’immigration a été largement exploité par les ténors du Brexit.

‘Trop paresseux’

La thèse résiste pourtant mal à l’analyse. “Toutes les études montrent que l’immigration n’a aucun impact sur le niveau des salaires ou alors de manière très marginale”, insiste Jonathan Wadsworth, auteur d’un rapport sur le sujet pour la London School of Economics. “Si le niveau des salaires a reculé c’est à cause de la crise financière de 2008 et non à cause de l’immigration”.

James Bish, un Anglais de 18 ans, employé de la chaîne de cafés Costa, en déduit que “les Britanniques sont trop paresseux”. “Les immigrés font le boulot que les gens ici ne veulent pas faire”, ajoute-t-il.

Nick Ottewell, dirigeant d'une exploitation agricole, à Wrotham, au sud-est de l'Angleterre le 13 mars 2013 © BEN STANSALL AFP

Nick Ottewell, dirigeant d'une exploitation agricole, à Wrotham, au sud-est de l'Angleterre le 13 mars 2013 © BEN STANSALL AFP

Nick Ottewell, dirigeant d’une exploitation agricole, à Wrotham, au sud-est de l’Angleterre le 13 mars 2013 © BEN STANSALL AFP

Nick Ottewell a reçu des lettres d’insultes pour avoir formulé des conclusions similaires dans la presse locale. Ce solide gaillard à la barbe rousse dirige une exploitation agricole de 600 hectares près de Maidstone qui produit jusqu’à 9.000 tonnes de salades par an.

L’intégralité de ses 150 travailleurs saisonniers et plus de la moitié de la trentaine d’employés à plein-temps sont étrangers, essentiellement des Roumains.

L'agriculture britannique face au Brexit © Thomas SAINT-CRICQ, Sophie RAMIS AFP

L'agriculture britannique face au Brexit © Thomas SAINT-CRICQ, Sophie RAMIS AFP

L’agriculture britannique face au Brexit © Thomas SAINT-CRICQ, Sophie RAMIS AFP

“Il y a trois ou quatre ans, Pôle emploi m’a demandé de prendre dix Britanniques. Un seul s’est pointé et j’ai fini par avoir des problèmes avec lui. Nous ne pourrions tout simplement pas fonctionner sans les immigrés de l’UE”, explique-t-il.

Dans sa ferme, les saisonniers sont payés le salaire minimum (7,50 livres de l’heure) et vivent dans des caravanes avec douche et kitchenette mises à leur disposition pour 42 livres par semaine, eau et électricité compris.

‘Vie meilleure’

“On nous traite très bien ici. Je suis venu pour avoir une vie meilleure et accomplir mes rêves. Le Brexit ne nous inquiète pas vraiment. On sait qu’on a besoin de nous”, dit Nico, un Roumain de 25 ans en plantant des laitues.

Nico, un travailleur saisonnier roumain, pose dans un champ à Wrotham, au sud-est de l'Angleterre, le 13 mars 2017 © BEN STANSALL AFP

Nico, un travailleur saisonnier roumain, pose dans un champ à Wrotham, au sud-est de l'Angleterre, le 13 mars 2017 © BEN STANSALL AFP

Nico, un travailleur saisonnier roumain, pose dans un champ à Wrotham, au sud-est de l’Angleterre, le 13 mars 2017 © BEN STANSALL AFP

Le travail à la ferme est dur. “Démarrage à 5h00 du matin, dans les champs jusqu’à dix heures par jour, six jours sur sept”, explique Gabriela Szomoru, 31 ans. Venue de Roumanie il y a plus de dix ans, elle a commencé par ramasser des fraises. Au fil des promotions, elle travaille aujourd’hui derrière un ordinateur en tant qu’assistante.

Londres et l'UE : de complexes relations © Gillian HANDYSIDE, Laurence SAUBADU AFP

Londres et l'UE : de complexes relations © Gillian HANDYSIDE, Laurence SAUBADU AFP

Londres et l’UE : de complexes relations © Gillian HANDYSIDE, Laurence SAUBADU AFP

Entendre dire que les immigrés font baisser les salaires la révolte. “On leur donne le montant fixé par le gouvernement britannique”, s’émeut-elle. Fière de son ascension, elle voit clairement son avenir en Angleterre. Avec son mari hongrois, conducteur de tracteur, ils cherchent une maison dans le coin.

“Les immigrés qui viennent sont des gens biens qui travaillent très dur. Le reste c’est de la propagande stupide”, tranche Nick Ottewell.

Il espère que le Brexit n’empêchera pas leur venue. “L’alternative serait d’accélérer le développement de l’automatisation du travail”, dit-il.

Des robots à la place des immigrés mais toujours pas de Britanniques pour planter et cueillir ses salades ? “Il y aurait une certaine ironie là-dedans”, convient-il.

19/03/2017 13:24:40 –          Maidstone (Royaume-Uni) (AFP) –          © 2017 AFP

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